Le président de la LFP, Frédéric Thiriez, à l'instar des chefs d'États et de gouvernements, y est une nouvelle fois allé de ses voeux pour la nouvelle année. En voici l'analyse de texte.
Le football c'est de la politique et les moyens mis en oeuvre d'une année à l'autre par Frédéric Thiriez pour exprimer ses voeux à la famille du football français ne laissent rien augurer d'autre qu'une escalade du paraître sur l'être. En 2009, Frédo la Moustache se la jouait bon père de la Nation en col roulé noir derrière une espèce d'horreur de cadre photomontage, rappelant un peu ce que pouvait faire Giscard dans les années 1970.
Pour 2010, la LFP a sorti le fond vert sur lequel a été incrusté le générique de la ligue, pouvant servir également à montrer des images afin d'appuyer le texte. Prompteur dernier cri, le patron du football professionnel français n'a pas lésiné sur les moyens.
Les voeux de Frédéric Thiriez, ce n'est pas un simple message humaniste. C'est avant tout de la promo ! Après avoir sorti quelques banalités sur le calendrier du mois janvier, Moustache se lance dans un remarquable exercice de cirage de pompe « je veux dire à nos joueurs, entraîneurs, dirigeants, techniciens, médecins, kinés et salariés de nos clubs, ma reconnaissance et mon admiration pour la qualité du spectacle qu'il nous a été offert pendant cette première demi-saison » avant d'y aller de sa propre promo avec son sondage idiot qui consiste à faire d'une banalité, une information capitale : « 85% [des Français] trouvent notre championnat de bonne, voire de très bonne, qualité ». (lire le MAG de la 17ème journée)
« L'année de toutes les reconquêtes »
Après le cirage, voici le bleu de chauffe. Le président de la LFP nous livre le programme (électorale ?) de l'année 2010, placée sous le signe de la reconquête. D'abord avec l'équipe de France en coupe du monde où il s'agira « que tout soit fait pour la double reconquête », celle « des résultats et du coeur ». Voilà qui ressemble à un tacle aux Bleus et à leur sélectionneur Raymond Domenech. Mais Moustache étant lui-même membre du conseil fédéral de la FFF aurait pu s'éviter d'avoir à formuler un tel commentaire aussi hypocrite. En agissant à l'automne 2008 par exemple... Le deuxième élément de 2010 sera l'obtention de l'Euro 2016. Moustache croit savoir qu'un « élan national » pousse la candidature française alors que la plupart des gens sont à peine au courant de la volonté du foot français de jouer à domicile en 2016. Moustache use donc de bons arguments électoralistes en parlant « d'investissements et d'emplois » en oubliant de parler d'un financement public et de profits privatisés.
Le troisième élément de Frédo est les coupes d'Europe. En particulier la ligue des champions. Croyant que « l'exploit est proche », on aurait aimé savoir de quel type d'exploit il pouvait bien parler. Dernier carré ? Demi-finale ? Victoire ? Car le parcours en phase de poule de la C1 des clubs français (de Bordeaux et Lyon) « force l'admiration » et comme si cela ne suffisait pas Thiriez nous parle d'une moyenne de points pris par les clubs français supérieure à tout le monde, même les Anglais. De quels chiffres parle-t-il exactement ? Les trois clubs Français ont pris 12 points en moyenne sur la phase aller de la ligue des champions, tandis que les quatre clubs anglais ont pris 11,75 points en moyenne sur la même période. Lorsqu'on vient d'un pays qui n'a remporté qu'une seule fois l'épreuve, il serait de bon ton d'avoir un brin d'humilité et de plutôt mettre à égale les performances plutôt que dire que nous sommes « les meilleurs ». Attendons voir les huitièmes de finale déjà !
Comment ça il y a de l'argent dans le football !?
Frédéric Thiriez glisse sur un terrain glissant pour terminer son allocution interminable de 4 minutes 39 secondes. Le fameux Droit à l'Image Collectif et l'argent dans le football. Sans citer le DIC, Moustache demande aux parlementaires de cesser « les attaques démagogiques contre le sport professionnel ». Sur le coup on se demande qui l'est le plus (démagogique) entre les parlementaires et le président de la ligue et l'on croit avoir un début de réponse la phrase suivante : « le football ne réclame aucune indulgence des pouvoirs publics, mais il ne mérite pas non plus cette indignité ». Pourtant c'est bien le contraire qui semble être fait au sport professionnel français (et au football en particulier) avec le dispositif permettant d'économiser sur les charges sociales lors du versement des salaires des joueurs. Sur un salaire de 100 000 euros nets, un club ne paye que 30% de charges sociales. (lire faut-il sauver le DIC ?) Les parlementaires voulant revenir dessus, il s'agirait alors d'une « indignité » que le football soit taxé comme n'importe quelle entreprise dans un discours général qui ne demande aucune « indulgence » ? Thiriez enfonce le clou ! Le football pro en France « verse 600 millions d'euros d'impôts et de charges », on entendrait presque un petit ''faut pas pousser là !'' Le meilleur pour la fin avec « la prospérité du football contribue à celle de la Nation, qui s'en plaindra ? » Encore heureux plutôt ! Non ?
Rien pour les supporters
Un blabla général conclu le discours du président de la LFP. Respect de l'adversaire, des règles, de l'arbitre... Frédéric Thiriez promet « une répression sans faille contre les fauteurs de trouble » sans définir, ne serait-ce qu'un peu, ce qu'est un fauteur de trouble, « c'est ainsi que nous gagnerons la bataille de l'image ». Moustache a tout résumé, vive la bataille de l'image et oublions celle du fond ! À propos, n'avez-vous pas remarqué que Thiriez avait oublié une composante essentielle, vitale, du football français ? Les supporters...